Guandi 2024

Conférence

Conférence sur la bienveillance confucéenne

Saint-Denis et Saint-Pierre de La Réunion les 3, 4 et 7 août 2017.

Cette année Guandi Réunion a l'honneur de recevoir monsieur Rémi Mathieu qui viendra nous exposer sa vision de la "Bienveillance confucéenne".

La bienveillance confucéenne : un humanisme aux origines de la philosophie chinoise

Au cœur de la pensée de Confucius se situe la notion d’humanité bienveillante qui consiste à traiter autrui comme on souhaiterait l’être soi-même par autrui. Cet impératif moral repose sur l’idée que l’autre est un autre moi-même en ce qu’il est mon semblable sinon mon égal. À juste titre, cette idée passe pour fonder l’enseignement du confucianisme qui se distingue des autres écoles de pensée ayant bâti la civilisation chinoise dès l’Antiquité préimpériale. À cet égard, elle demeure comme un pilier culturel toujours actuel de la Chine et définit les rapports sociaux, même s’ils sont nécessairement hiérarchisés. La philosophie chinoise s’est construite par rapport à cette injonction originelle, parfois en la combattant, parfois en s’en distançant, mais le plus souvent en l’adoptant comme un trait fondamental de la relation interhumaine qui fait que « tous les hommes sont frères » sous le ciel.

La nature humaine porte-t-elle à la bienveillance ? Le confucianisme comme réponse aux tensions sociales

L’homme est-il naturellement bon ou mauvais ? La question a divisé le confucianisme dès ses origines, mais l’idée optimiste a prévalu que les hommes étaient spontanément portés au bien, donc à la bienveillance envers leurs semblables. La réponse détermine la politique éducative : faut-il donc éduquer au bien ou accompagner cette propension supposée à la bonté ? Les vertus mises en avant par Confucius et ses disciples sont toujours apparues comme des réponses aux tensions que déterminent les luttes des groupes sociaux pour conquérir les pouvoirs économiques ou politiques. La bienveillance confucéenne peut-elle être la principale solution aux contradictions qui surviennent dans toute société humaine évoluée ? Le confucianisme est une philosophie morale plus qu’une sociologie politique ; ses valeurs demeurent éternelles, mais son efficacité pose aujourd’hui question.

Sommes-nous spontanément bienveillants ? Confucius et les rites.

La ritualisation des rapports humains est un des principaux enseignements de la doctrine confucianiste. Le rite est ce par quoi nous respectons les autres et nous nous respectons nous-mêmes. Le rite crée la distance nécessaire entre les hommes comme à l’intérieur de chacun. Il modélise les gestes d’attention bienveillante qui s’échangent dans les relations sociales ou familiales, sans parler des adresses aux dieux. Si Confucius pense que l’homme tend naturellement à faire le bien d’autrui, il doit le faire culturellement, c’est-à-dire avec sa culture propre et son éducation, la forme compte autant que le fond. Certes, le formalisme des rites peut être accusé de remplacer la sincérité du cœur, pourtant originellement les fondateurs de la pensée confucianiste y voyaient le meilleur moyen d’exprimer un amour authentique d’autrui. Que reste-t-il de cet enseignement bienveillant du Maître et que reste-t-il des rites dans la société chinoise contemporaine ?

Rémi Mathieu en quelques mots:

Remi_Mathieu

Rémi MATHIEU est directeur de recherche émérite au CNRS (Centre National de le Recherche Scientifique). Il a consacré sa carrière à l’étude de la philosophie, de la mythologie et de la littérature de la Chine ancienne. Parmi la vingtaine d’ouvrages qu’il a publiés, on peut souligner : Confucius. L’invention de l’humanisme chinois (éd. Entrelacs), Philosophes confucianistes (Confucius, Mencius, Xun zi et autres textes) (éd. Gallimard, « La Pléiade », en coédition), Anthologie de la poésie chinoise (éd. Gallimard, « La Pléiade »), Philosophes taoïstes II (Huainan zi) (éd. Gallimard, « La Pléiade », en coéd.), ainsi que de nombreuses traductions de textes chinois classiques d’avant l’empire. Il prépare actuellement une nouvelle traduction des œuvres fondatrices de la philosophie taoïste (Lao zi, Lie zi, Zhuang zi), pour les éditions Gallimard, dans « La Pléiade », après avoir travaillé sur les textes confucianistes découverts ces dernières années dans une tombe du IVe siècle avant notre ère.